Windows 10 ne reçoit plus de mises à jour de sécurité gratuites depuis le 14 octobre 2025. Le système continue de démarrer normalement, vos applications continuent de tourner, mais chaque faille découverte après cette date reste ouverte chez vous. En février 2026, StatCounter recense encore 26,27 % du parc PC mondial sous Windows 10, soit plusieurs centaines de millions de machines actives.
Cette situation a une issue gérable à condition de connaître ses options. Microsoft a ouvert un programme de mises à jour de sécurité étendues (ESU) jusqu’au 13 octobre 2026. En France et dans l’Espace économique européen, l’inscription est totalement gratuite, sans synchronisation OneDrive imposée. Les autres voies restent ouvertes : Windows 11, Linux, ChromeOS Flex, nouveau PC.
L’horloge tourne sur deux fronts. D’un côté, le compte à rebours ESU finit en octobre 2026. De l’autre, certains logiciels et pilotes vont progressivement abandonner Windows 10 sans attendre cette échéance. Voici les options réelles, leurs coûts cachés, et ce qui mérite votre attention avant de décider.
L’essentiel
Windows 10 a perdu son support officiel le 14 octobre 2025. Trois options gratuites existent encore : migrer vers Windows 11 si le PC dispose de TPM 2.0 et d’un processeur compatible, souscrire à l’ESU jusqu’au 13 octobre 2026 (gratuit en EEE), ou basculer sur Linux. Après octobre 2026, plus aucun correctif gratuit grand public ne sera diffusé.
Windows 10 en 2026 : un système en sursis
Le système d’exploitation lancé en juillet 2015 n’est pas mort. Il est en fin de vie active, dans une phase où Microsoft maintient une perfusion limitée et où les utilisateurs ont quelques mois pour choisir leur sortie. Les chiffres de migration sont éloquents.
La chute du parc après octobre 2025
Avant la fin du support, Windows 10 dominait encore largement. En septembre 2025, StatCounter mesurait plus de 40 % de part de marché pour Windows 10, contre environ 50 % pour Windows 11. La bascule s’est produite en deux mois. En janvier 2026, Windows 11 atteignait 62,41 %, tandis que Windows 10 chutait à 35,77 %. En février 2026, l’écart s’est encore creusé : 72,78 % pour Windows 11, 26,27 % pour Windows 10.
La projection raisonnable consiste à voir Windows 10 sous la barre des 10 % avant la fin 2026. Cette accélération brutale s’explique par deux facteurs combinés. D’une part, la disparition des correctifs gratuits a déclenché les migrations en attente. D’autre part, les constructeurs ont massivement écoulé leurs stocks d’invendus livrés sous Windows 11 depuis l’été 2025. Le fait notable reste que des centaines de millions de machines n’ont pas encore franchi le pas, soit par incompatibilité matérielle, soit par inertie.
Pourquoi « ça marche encore » est dangereux
Le système continue de démarrer, les applications restent installées, le navigateur s’ouvre. Cette continuité visible masque une dégradation silencieuse. Chaque nouvelle faille critique découverte après le 14 octobre 2025 reste exploitable chez vous, indéfiniment. Les pirates le savent et ciblent prioritairement les machines connues pour ne plus se mettre à jour, car leur comportement devient prévisible.
Attention pour les pros
Pour un usage professionnel impliquant des données clients (même un simple fichier Excel avec des emails), l’article 32 du RGPD impose des mesures techniques « à l’état de l’art ». Un système d’exploitation sans correctifs ne satisfait plus cette exigence et expose à des sanctions de la CNIL pouvant atteindre 10 millions d’euros ou 2 % du chiffre d’affaires annuel mondial.
Quatre voies après la fin du support
Aucune des quatre options ne convient à tous les profils. Le bon choix dépend de l’âge du matériel, du budget disponible, du niveau de confort technique et de l’usage prévu. Voici ce que chacune offre, avec ses contreparties réelles.
Migrer vers Windows 11 si la machine suit
C’est la voie poussée par Microsoft, et elle reste gratuite pour tout PC sous Windows 10 authentique. L’inconvénient est matériel : Windows 11 exige TPM 2.0 activé, Secure Boot UEFI, 4 Go de RAM minimum, 64 Go de stockage, et surtout un processeur compatible (Intel 8e génération ou ultérieure, AMD Ryzen 2000 ou ultérieur). L’outil officiel PC Health Check (« Contrôle d’intégrité du PC ») vérifie l’éligibilité en quelques secondes.
Pour les PC bloqués par la liste blanche CPU mais disposant du TPM 2.0, des contournements existent via Rufus, Flyby11 ou MediaCreationTool.bat. Microsoft prévient toutefois que ces installations forcées ne reçoivent pas la garantie de mises à jour futures. Le risque concret est limité en pratique, mais le constat doit être posé clairement : sortir des clous officiels, c’est accepter une zone grise.
Le programme ESU pour gagner un an
L’Extended Security Updates couvre les correctifs critiques et importants pour Windows 10 version 22H2 jusqu’au 13 octobre 2026. Au-delà, aucun correctif gratuit grand public ne sera publié. L’inscription est techniquement accessible à tous les particuliers, avec trois portes d’entrée standard : sauvegarde des paramètres dans OneDrive (5 Go gratuits, vite saturés), 1 000 points Microsoft Rewards échangés, ou achat unique à 30 USD.
En France et dans l’Espace économique européen, une quatrième voie purement gratuite existe. Suite à l’action d’Euroconsumers invoquant l’article 6(6) du Digital Markets Act, Microsoft a accepté de fournir l’ESU sans condition de synchronisation OneDrive. Une licence ESU couvre jusqu’à 10 appareils. La couverture s’interrompt toutefois après 60 jours sans connexion au compte Microsoft utilisé pour l’inscription.
Basculer sur Linux ou ChromeOS Flex
Ubuntu, Linux Mint ou Fedora redonnent 5 à 10 ans de vie utile à un PC de 2014, gratuitement, avec une suite bureautique complète (LibreOffice) et un navigateur moderne. La courbe d’apprentissage est réelle mais accessible, particulièrement avec Linux Mint Cinnamon dont l’interface ressemble fortement à celle de Windows 7. ChromeOS Flex transforme un vieux portable en machine cloud-first légère, à condition d’accepter que tout passe par Google.
Les freins concernent les logiciels spécifiques (Adobe Creative Suite, jeux récents avec anti-cheat agressif, certains périphériques exotiques) et la suite Office Microsoft qui reste partielle en version web. Pour un usage navigation, bureautique, streaming et photo, ces alternatives couvrent environ 95 % des besoins quotidiens. Steam avec Proton fait désormais tourner des milliers de jeux Windows sous Linux sans manipulation particulière.
Investir dans un nouveau PC
Si la machine a plus de 7 ou 8 ans, le remplacement devient souvent l’option la moins coûteuse en énergie mentale. Un PC neuf sous Windows 11 démarre autour de 500 € pour une configuration correcte (8 Go de RAM, SSD 256 Go, processeur Intel 12e génération ou AMD Ryzen 5000). Le marché du reconditionné professionnel descend à 300-400 € pour des machines de 3-4 ans avec garantie et licence Windows authentique. La migration des données passe par Windows Backup, OneDrive ou un transfert manuel via disque externe.
| Critère | Statut | Détail |
|---|---|---|
ESU en pratique : éligibilité et inscription
Le programme ESU est techniquement simple à activer, mais quelques conditions précises éliminent les machines mal préparées. Voici les vérifications à faire avant de tenter l’inscription, et la liste des pièges fréquents.
La condition technique : Windows 10 22H2 obligatoire
Le programme n’accepte que Windows 10 version 22H2. Les machines restées en 21H2, 21H1 ou 1909 doivent d’abord se mettre à jour, ce qui peut prendre 30 à 90 minutes selon la qualité de la connexion. Pour vérifier votre version actuelle, lancer la commande suivante depuis une console PowerShell.
PS> (Get-ItemProperty 'HKLM:\SOFTWARE\Microsoft\Windows NT\CurrentVersion') | Select-Object DisplayVersion, CurrentBuild
La sortie attendue affiche DisplayVersion = 22H2 et CurrentBuild = 19045. Toute autre valeur indique une version antérieure qu’il faut mettre à jour avant l’inscription ESU. L’éligibilité concerne les éditions Famille, Professionnel, Professionnel Éducation et Professionnel pour Stations de travail. Les éditions Entreprise et Education passent par les canaux de licence commerciale avec tarification spécifique (61 USD année 1, prix doublé chaque année suivante, sur trois ans maximum).
Trois portes d’entrée, dont une totalement gratuite en Europe
Hors EEE, l’inscription gratuite passe par l’activation de Windows Backup vers OneDrive. Le quota gratuit de 5 Go suffit rarement à sauvegarder un dossier Documents complet plus les photos, ce qui pousse mécaniquement vers l’offre payante à 2 €/mois pour 100 Go. La gratuité affichée a donc un coût indirect que peu d’utilisateurs anticipent.
La voie Microsoft Rewards consomme 1 000 points, accumulables via les recherches Bing, les achats Xbox ou les questionnaires hebdomadaires. Compter environ deux à trois mois d’activité régulière pour atteindre ce seuil sans achat. La voie payante coûte 30 USD ou l’équivalent en devise locale, en achat unique valable pour un compte couvrant jusqu’à 10 appareils. Pour les résidents de l’Espace économique européen, depuis fin 2025, l’inscription gratuite ne requiert plus de synchronisation OneDrive. La connexion au compte Microsoft reste obligatoire, et le PC doit s’y reconnecter au moins une fois tous les 60 jours pour conserver la couverture.
Astuce
Si l’encart « S’inscrire maintenant » n’apparaît pas malgré une version 22H2 et un compte Microsoft actif, passer par la page officielle Microsoft « end-of-support » et cliquer sur « Obtenir les mises à jour gratuites ESU ». Le déploiement est progressif et peut prendre plusieurs jours après chaque vague.
Windows 10 face à Windows 11 : ce que la migration change
La différence entre les deux systèmes ne se résume pas à un coup de pinceau visuel. Windows 11 réorganise plusieurs comportements profonds tout en gardant l’essentiel : noyau NT, mêmes API Win32, compatibilité quasi totale des applications Windows 10. Voici le résumé en deux colonnes, puis le détail.
Windows 10
Menu Démarrer à gauche, barre des tâches avec regroupement contextuel, panneau de configuration classique encore central. Compatible avec quasiment tout PC depuis 2012. Plus de mises à jour gratuites depuis octobre 2025.
Windows 11
Menu Démarrer centré, barre des tâches simplifiée, Copilot intégré dès 24H2. Exige TPM 2.0, Secure Boot et processeur récent. Supporté jusqu’au moins 2031 pour la version actuelle.
Le matériel : TPM 2.0, Secure Boot, processeur compatible
TPM 2.0 est une puce de sécurité matérielle obligatoire pour Windows 11. Sur Intel, elle se nomme PTT (Platform Trust Technology) et se trouve dans le BIOS sous « Security » ou « Advanced ». Sur AMD, on l’appelle fTPM (firmware TPM), activable dans le BIOS sous « Trusted Computing ». La plupart des PC livrés depuis 2016 disposent de cette puce, souvent désactivée par défaut.
Pour vérifier son état, lancer la commande tpm.msc via la combinaison Windows + R. Si le résultat affiche « Module de plateforme sécurisée compatible introuvable », le TPM est soit absent, soit désactivé dans le BIOS. Le second blocage fréquent vient du processeur : Intel 8e génération (Coffee Lake, 2017) ou plus récent, AMD Ryzen 2000 (Zen+, 2018) ou plus récent. Un Intel i7-7700K reste exclu malgré ses performances réelles, et c’est cette barrière CPU qui élimine la majorité des PC compatibles côté TPM mais bloqués pour la mise à niveau officielle.
Au quotidien : interface, performances, options
Le menu Démarrer passe au centre, la barre des tâches perd sa fonction de regroupement contextuel d’applications, et le panneau de configuration classique cohabite encore avec les nouveaux Paramètres pendant de longues sessions. Côté performances, les gains visibles concernent le démarrage (10 à 20 % plus rapide selon les configurations) et la gestion mémoire sur les machines récentes.
Windows 11 24H2 intègre nativement Copilot, l’assistant IA de Microsoft, accessible via un bouton dédié dans la barre des tâches. Plusieurs fonctionnalités ont été retirées ou modifiées : timeline supprimée, Cortana mis en retrait, écran de connexion repensé. Le mode tablette a été remplacé par une adaptation automatique, parfois moins ergonomique sur les 2-en-1 d’ancienne génération. La compatibilité des pilotes graphiques reste assurée par AMD, NVIDIA et Intel sur les deux systèmes, sans calendrier de coupure annoncé pour Windows 10.
À éviter
Contourner les vérifications TPM 2.0 et CPU sur une machine vraiment ancienne (Intel 4e ou 5e génération, AMD pre-Ryzen) expose à des instabilités réelles : BitLocker non opérationnel, VBS désactivé, plantages aléatoires des pilotes audio ou réseau. Tester d’abord dans une machine virtuelle avant de migrer le poste principal, et toujours faire une image disque complète avec un outil de sauvegarde fiable.